Séisme(s)

Séisme(s), long poème du tremblement, accompagné à la guitare par Frédéric Salles. Un déchirement de douleur, un chant d’amour, un cri de colère… résonne dans l’espace sonore créé par une guitare aux rythmes tendres et métissés.

lecture musicale, trois formats : 60 min / 40 min / 20 min
Autrice, lectrice : Emmanuelle Sarrouy
Guitare, création musicale : Frédéric Salles
Création 2013 @ Collectif Endogène

2010 © Yves-Nelson Noguès
2010 © Yves-Nelson Noguès

EXTRAIT

Je m’arrache les cheveux un par un ou par petites poignées derrière la tête les cheveux au niveau de la nuque petit à petit petits bouts de cheveux bien tirés à la racine et méticuleusement je m’efforce de les arracher. Et puis au bout d’un moment il y a un trou même si on sent aussi au bout de quelques jours une petite tonsure agréable au toucher un peu rappeuse mais agréable à tâter sous le bout des doigts il y a un trou. Un trou que je sens du bout des phalanges mais qui ne se voit pas car il est caché par les autres cheveux ceux du dessus ceux plus longs qui cachent le trou. Alors il faut s’arrêter et attendre pour combler le trou. Mais si je m’arrache les cheveux c’est justement en attendant pour combler le vide de l’attente pour penser à autre chose pour faire quelque chose qui me permette de penser à autre chose. Et pour combler le vide je me fais un trou derrière la tête. En attendant des jours meilleurs, en attendant que les larmes sèches, en attendant que le soleil se lève. Je concentre tout le vide derrière ma tête. Toujours il faut attendre, attendre que ça passe, attendre nos enfants, attendre des nouvelles, attendre une réponse. Attendre. Ça en devient insupportable toute cette attente tout ce temps à attendre. Insupportable. Alors on recommence à s’arracher les cheveux de plus belle et le trou devient bien lisse plus aucun cheveux sur cette petite surface de crâne tellement lisse qu’il en devient effrayant à caresser et le trou s’agrandit vertigineusement ne faisant que dévoiler de plus en plus le vide que je m’efforçais à combler en m’arrachant les cheveux.
 
De la dérive des continents
À la dérive des sentiments
Fulgurance de l’éclair

ils iront la nuit / marcher sur les toits / et grignoter le ciel

création 2018 – © photo Sandra Trambouze

éclats de pensée surgissant de la fébrilité inhérente à l’état amoureux et de l’extrême urgence du temps.

Le verbe est magie.
Seul l’amour existe.
Notre époque est entrée dans La Nuit.

Deux poètes se parlent. S’envoient des messages fulgurants d’amour et de désir. Dans l’urgence des mots et des cœurs. Elle et lui. Elle dit et il dit. Ils sont absolument eux, seuls au monde, et absolument au centre du monde, il sont eux, il et elle, et ils sont nous. Ils nous embarquent dans leurs divagations et  leurs questionnements qui sont aussi les nôtres. Dans leur monde magique qui est aussi le nôtre. Les histoires que l’on s’invente et qui nous inventent. Avec leurs armes / âmes poétiques, ils parlent à partir des réminiscences qui les constituent, dans la fébrilité de l’instant : souvenirs émergeants, pensées, réflexions sur l’amour, le bonheur, la vie, la mort, la liberté. Pensée magique d’un autre monde possible, plus lumineux.
 
Auprès d’eux s’immisce une troisième voix poétique.
Présence réflexive de l’autrice.
La parole et les éclats de pensées distribués entre ces trois voix ; la frontière déconstruite, poreuse, entre Elle et Lui, constituent le labyrinthe amoureux d’un monologue à trois voix. Volontairement infini.
 
Tour à tour éclairs de lucidité et présences apaisantes –nos dualités vitales, en perpétuels questionnements, mues par un ardent désir de vérité et de beauté, ces étincelles solitaires, lucioles au cœur des ténèbres, traversées par des figures littéraires, poétiques, musicales, nous invitent à les suivre, à penser/rêver/envisager leurs corps et leur présence au monde autrement. Nous invitent à ouvrir toutes les portes closes. À pénétrer follement le réel et faire enfin exploser l’enfer dans lequel nous vivons !… Comme un indomptable courant tellurique…

l’Amour, parole libératrice contre tous les obscurantismes ou éloge de la fragilité.

« Pour Ficin (De l’amour à propos du Banquet de Platon), la pensée naît toujours du sentiment amoureux et y retourne » Pacôme Thiellement, Sycomore / Sickamour

Il faut commencer par l’Amour.

Dialogue amoureux épistolaire contemporain qui nous invite à poursuivre avec l’obstination d’un Don Quichotte ce rêve obsessionnel : oser accorder le réel à nos désirs (et non l’inverse). Revendiquer, selon la pensée spinoziste, le désir (hors de toutes figures parentale, autoritaire, sociétale, et dans chaque corps) comme puissance d’être, comme force de vie, libre et joyeuse, et force d’insoumission. Se laisser surprendre par les accidents du réel… Et se faire confiance. À chercher et tracer ces lignes de fuite, lignes de résistance et de mutation, déterritorialisation (transversalité, passerelles, connexions inédites) chères à G. Deleuze et F. Guattari au cœur même de ce monde néolibéral sclérosé (réchauffement planétaire, sensation d’incapacité d’agir et de penser, dystopie grandissante…) dont nous peinons à nous affranchir depuis trop longtemps.
Et répandre un souffle neuf dans un monde en pleine asphyxie.
En faisant ce choix éthique et sensible, l’Amour comme puissance d’être au monde.
 
Il s’agit de remettre l’Amour – et par conséquent la liberté, la vie – au centre de nos préoccupations. Laisser l’Amour s’exprimer librement, s’infiltrer dans cet entre-deux, entre sommeil et rêve, au bord de la nuit… Aux frontières, dans les marges, dans les creux, partout où il pourra se glisser, se lover, se développer…
Pour les poètes porte-paroles, il s’agit de porter l’Amour comme un flambeau, une flamme, une étincelle qu’il faut entretenir au cœur des ténèbres. Célébrer, dans la naissance et la persistance du sentiment amoureux, la fragilité – du monde, des sentiments, de la vie. Insuffler la joie, par petites touches, instants fragiles, éclairs scintillants au cœur des ténèbres. Célébrer l’amour vital, l’amour lumineux, l’amour magique – celui qui permet d’entrer en contact joyeux avec l’autre, celui qui donne des ailes et libère la pensée, la conscience et enfin l’action éclairée – par des éclats de conscience, des pensées kaléidoscopiques, des illuminations.  
 
Parce qu’il faut commencer par l’amour. Pour sans cesse y revenir.
 
Ce texte épistolaire poétique déconstruit volontairement le dialogue classique à la manière d’un Mallarmé ou d’un Valéry, diffusant la parole entre les poètes qui jouent avec les mots, les sons, les rythmes, les respirations, le chant même par moment, pour construire un monologue à trois voix, permettant une plus libre circulation de la pensée.

Scénographie : lecture musicale poésie et vidéo

Nous aimons parler, comme Liliane Giraudon, d’écriture poétique et de quelque chose de l’ordre du théâtre et, citant Mallarmé, de quelque chose d’absolument scénique, non possible au théâtre mais exigeant le théâtre.

Sur scène trois voix, trois incarnations d’une pensée en mouvement. Présences sobres, espèces de corps / instruments de musique qui joueraient une partition musicale, elles donnent corps au mot, à la parole poétique.
 
L’autrice, sur le côté, assise à une petite table éclairée par une lampe de chevet (la nuit/le rêve), intervient au début et à la fin du spectacle, ainsi que brièvement au cours des échanges.
 
Les deux comédiens sont debout face à leurs pupitres, présents. Le mot ici s’incarne.
La parole se lit, se chante aussi parfois, comme une partition, et des éclats, fragments de textes (écrits, typographiés) apparaissent par instants sur l’écran derrière eux. Sont également projetées des images poétiques et ralenties. Noir et blanc et couleurs solarisées. Qui souligneront cette volonté de ralentissement et distorsion du temps propice au retour de la pensée émergeante.
Les deux comédiens apparaissent dans la lumière des images (ferry, mer, constellation, cygnes : comme autant de signes du temps suspendu). Ils jouent par moment avec l’image, se laissant guider par elle, les ombres, les mouvements, les silences et les respirations, comme dans un monde intérieur.
 
Une création musicale blues à la guitare intervient comme une respiration ponctuant les Actes joués ; et des expérimentations sonores accompagnent les comédiens comme un souffle intérieur : musiques et sons déclenchés par l’autrice.
 
Tous ces éléments contribuent à la création d’un monde magique / rêvé favorisant l’émergence d’une parole libre, insoumise ; création d’un univers poétique laissant le champ libre à l’émergence de tous les possibles !  Infiniment !

lecture musicale, poésie & vidéo, deux formats : 51 min / 20 min
Auteurs : Emmanuelle Sarrouy (avec la complicité de Wilfried Salomé)
Lecteurs : Emmanuelle Sarrouy, Sandra Trambouze et Nader Soufi
Guitare électrique, compositions : Giney Ayme
Création sonore : Samuel Bester
Image vidéo : Emmanuelle Sarrouy, Giney Ayme et Samuel Bester
Création 2018 : Collectif Endogène

création 2018 © emmanuelle sarrouy

EXTRAIT

Ils dansent
Se croisent de ville en ville
D’exil en exil
D’amour en amour
Encore et toujours
Dom Juan parle
Juliet lui répond :
Viens, ferme les yeux
Voyage avec Edouard Glissant
Et moi
Marie Galante
N’y suis encore jamais allée
Allons-y
(allons retrouver l’enfant du pays)
L’or noir cet après-midi
Dom Juan lui répond :
Mulholland Drive chérie
Je conduis / T’inquiète
Je t’aime
À l’arrière en amazone elle se laisse faire
Silencio
Je dors / Tu rêves
Tu dors / Je vis
Ils s’échangent comme ça des messages nocturnes
À la frontière de la nuit
En bord de rêve
En bord de vie
Au-dessus du monde en révolte
La Maison de la Lune
Avait pour eux ouvert ses portes
(ce n’était pas Marie Galante, mais c’était tout comme)
Se bousculer / Ne pas se bousculer
Dérégler les horloges
S’évader
Kisses ans words
Ils s’envoient comme ça par moments
Des mots et des baisers

Bienvenue !

site en construction … / work in progress…

«Comme j’allais mieux, je devins lucide. Une lucidité de plante et d’animal.»

Jean Cocteau, Prospectus (1916) in Le Potomak