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"Histoires d'eau et de feu" sur Jean-Paul Noguès
Cyril Hurel - Gazette du Festival des Cinémas Différents- décembre 2005



HISTOIRES D'EAU ET DE FEU

à propos des films de Jean-Paul Noguès

Les films de Jean Paul Noguès se situent aux confins du symbolique et du pornographique. Ces deux données en principe opposées forment les pôles d'une mythologie à la fois très personnelle et très archétypale. Il en émerge les caractéristiques d'une sexualité masculine pilotée par une puissante représentation de la femme.

Films après films, une géographie de la femme-objet est constituée. La caméra semble guidée néanmoins également par une volonté de dominer par la vue un mystère : celui de l'origine du monde dans un hommage à Courbet ou bien celui d'une passion gitane qui, à peine  ciblée, disparaît pour se focaliser ailleurs (sur une jolie raie abstraite par exempte, dont le charme bousculé s'éteindra dans la définition).

On dispose du corps, mais l'objet même du désir reste insaisissable. II ne se laisse envisager que par métaphore, par association ou surimpression symbolique, selon des aspirations érotiques contradictoires ; il revêt tantôt la forme matricielle d'un rivage océanique offrant un rêve apaisant de repli, tantôt celle exaltante d'une flamme tout de transport fugitif.

L'appel à l'univers du conte a travers certains titres est par ailleurs significatif. Dans Ogre,  une Blanche-Neige ne fait pas que polir le nain du grand loup : elle l'absorbe aussi. On ne sait plus alors qui dévore qui. Au seul spectacle du plaisir cède la réalité invisible d'un désir de  part et d'autre teinté d'effroi. L'allusion au conte apparaît en définitive, contre les apparences, servir à conjurer les propres peurs de l'homme.

4 QUESTIONS A JEAN-PAUL NOGUES

1. Qu'est-ce qui t'a construit (en tant que cinéaste) ?
Des moments de projection qui nous bouleversent tels  que : voir "Alien" en transgressant l'interdiction aux moins de 13 ans et être dans mon fauteuil à la fois terrorisé et fasciné ; arriver en retard dans un amphi à la lac et voir un film sans en connaître ni le titre ni l'auteur et être totalement subjugué ("Eraser-head' ) ; passer 3 heures allongé dans des coussins pour voir "La Région centrale" et ne pas décrocher une seconde ; et bien d'autres moments encore…

2. De quoi tu vis ?
Je travaille comme Régisseur Général sur des tournages (long métrages, téléfilms, publicités, clips).

3. Comment tu fais tes films ?
Je tourne souvent des images sans idée précise. Puis, un jour, surgit une idée associée à une image. C'est le point de départ du film. De là, je monte, démonte, travaille plastiquement et retourne, des images et des sons. C'est un long processus de recherche pour aboutir à une "sensation" qui elle est très précise dans ma tête. J'ai un but à atteindre, les moyens sont à découvrir.

4. Pourquoi tu tais tes films ?
Parce que j'aime ça, j'aime Ies images, c'est viscéral ; et pour ensuite prendre du plaisir à les regarder autant qu'à regarder les films des autres.