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"Top-Ten List 2001" sur Ogres 
Nicole Brenez - www.sensesofcinema.com - décembre 2001



Top-Ten List 2001 - Nicole Brenez

Après l’accalmie de 2000, ce fut une explosion de formes, de gestes, d’idées, partout et dans tous les secteurs de la cinématographie. 2001 odyssée temporelle : cette année déborde, elle est si riche qu’il fut impossible de tout voir sur le moment, par exemple l’auteur de ces lignes n’a pas encore vu le Teenage Hooker Turned Killing Machine coréen cher à Adrian Martin. 2001 aspire le passé : sont enfin sortis les chefs d’œuvre de Johnny To, The Mission, et de Tsui Hark, Time and Tide, ce film qui engendre le désir aussi immédiat que violent d’être revu à chaque raccord, ce film qui se met en boucle dans votre tête. Et 2001 inspire l’histoire, au sens où certains films jusqu’alors engloutis y ont révélé leur nature d’immarcescibles classiques : on y vit Lionel Soukaz retrouver la bobine gauche de son chef d’œuvre en double écran, Ixe (1980) ou Maria Klonaris et Katerina Thomadaki ressusciter, intact et fascinant, leur film-performance de 1976, Soma, qui tout aussi bien aurait pu être terminé demain matin. Un film synthétise les puissances de cette année intense : Sauvage innocence de Philippe Garrel, film sur la nécessité d’un inachèvement qui puisse résonner à tout jamais. Et puis René Vautier et Raymonde Carasco finissent de monter leurs films respectifs, tandis que Philippe Grandrieux en tourne deux. L’année 2001 durera longtemps.

0. TIME AND TIDE de Tsui Hark, 200% Hong-Kong, 1999, 115’ (35mm)
Tsui Hark rentre à la maison, il ramasse toutes les cartes sur la table (celles de Fruit Chan, Johnny To, John Woo, Wong Kar-wai, Hou Hsiao-hsien, Ang Lee) et il trouve, notamment grâce à la première vraie bande-son produite à Hong-Kong, un au-delà du frénétique : le cool-beyond.

1. DREAM WORK de Peter Tscherkassky, Autriche, 2001, 12’ (35mm CinemaScope)
Troisième et dernier volet de la trilogie en CinemaScope d’après The Entity. Film ultime sur le rêve, donc sur le désir et la figurabilité, autant dire sur l’essentiel du cinéma.

2. EXPOSED de Siegfried A. Fruhauf, Autriche, 2001, 9’ (16mm)
Naissance d’une image à partir des perforations : Siegfried Fruhauf réinvente totalement la cinégénie. Un champ chorégraphique immense s’ouvre soudain.

3. GOLD de Ange Leccia et Dominique Gonzalez-Foerster / LA PLAGE de Dominique Gonzalez-Foerster, France, 2001 (35mm)
Après Ile de Beauté, suite des travaux méditatifs de Ange Leccia et Dominique Gonzalez-Foerster sur le paysage, cette fois en Amérique du Nord (Gold, les motifs du western lavés à neuf) et en Amérique du Sud (la Plage, usage monumental de l’esprit d’enfance).

4. HIGH de Othello Vilgard, France, 2000, 6’ (Video) et TERRAE de Othello Vilgard, France, 2001, 8’ (16mm)
D’après The Addiction d’Abel Ferrara, High élabore une analyse indépassable de l’un des événements cinématographiques les plus frappants de la décennie 90, le jeu de Lili Taylor. Terrae quant à lui accomplit le projet esthétique formulé par Peter Kubelka : rivaliser avec la grandeur sensible de la foudre et du tonnerre, 24 fois par seconde.

5. HORSYSTEM de Carlo de Boutiny, France, 2001 (Papier)
Éditorial du n°15 de la Gazette des scénaristes, aussi dément qu’incontestable.

6. MODY BLEACH de Metamkine, France, Théâtre 347, 5 décembre 2001 (Formats multiples)
Réinterprétation en multi-refilmage, multi-projection et recomposition sonore du Moby Dick de John Huston, grâce à laquelle le cinéma accède enfin à la beauté sublime du texte de Melville. L’entreprise date de 2000 mais chaque performance diffère.

7. OGRES de Jean-Paul Nogues, France, 2001, 7’ (Video)
Réalisé par un spécialiste du rock au cinéma, interprété par une spécialiste du gore, un film d’amour total, donc avec ce qu’il faut à celui-ci d’angoisse pour être réel.

8. POURQUOI AVOIR CHOISI CE FILM DE MICHELE SOAVI ? de David Pellecuer et David Matarasso, France, 2001 (Papier)
Entretien affolant d’intelligence qui renouvelle en profondeur les termes mêmes grâce auxquels on peut parler du cinéma. Inédit, dans tous les sens de ce mot.

9. PULSAR de Maria Klonaris, France, 2001, 12’ (Video)
“ L’œuvre d’art accomplie perpétue le souvenir du moment de jouissance. ” Herbert Marcuse, La Dimension esthétique.

10. REVELATION de Xavier Baert, France, 2001, 10’ (16mm)
D’après In the Mood for Love, mais bien mieux.

10. SUBJECTILE de Régis Cotentin, France, 2001, 11’ (Video)
Chaque œuvre de Régis Cotentin nous rappelle tendrement à cette évidence jamais acquise : une image n’est pas un objet plastique mais une constellation psychique.

10. TIME AND TIDE de Tsui Hark, 200% Hong-Kong, 1999, 115’ (35mm)
Un film d’avant-garde qui remonte la genèse à contre-sens, détruit tout sur son passage y compris lui-même (les séquences d’anthologie finissent par s’y réduire à l’état d’esquisse, des scènes attendues il ne reste plus que les échafaudages, etc), mais c’est bien pour cela qu’il arrive “ jusqu’au paradis et au-delà ”, comme dirait l’expert Maurice Lemaître.

Et dix autres encore, et je n’ai même pas encore vu R-XMAS qui sort en France le 24 décembre.