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"Emmanuelle Sarrouy" sur Prototype..., Ma Mère !, Le Rituel...
Pierre Mérejkowski - juillet 2006

Emmanuelle Sarrouy par Pierre Merejkowsky

À partir des films…

Prototype…
Le rituel
Ma mère !
Trois films d’Emmanuelle Sarrouy
Présentés dans le festival Images Contre Nature (Marseille)

De toute évidence, la relation sexuelle n’existe pas.
Le rapport sexuel existe. Le rapport humain existe.
Cette femme n’est pas ma mère. Elle pourrait être ma mère, mais elle n’est pas ma mère (Emmanuelle Sarrouy in ma mère !)
Elle pourrait…
La parole est cachée, noyée par les musiques d’ambiance de Noël, dans les bruits la parole n’est plus parole
elle est.
Ce n’est pas la parole
c’est le rapport humain,
ce qui ne peut être écrit, ce qui ne peut être nommé, l’amour, la séparation, la mort
Et alors ? in le film Prototype…
Elle, elle, m’a dit “J’attends un enfant d’un autre homme, je ne peux plus avoir des relations sexuelles avec toi en même temps“
La parole…
le chagrin,  les larmes
les murs
le labyrinthe

La voix dans le noir, une voix murmurée, presqu’une voix, pas la voix d’une femme mais la voix intérieure
notre voix
la voix qui existe en dehors des mots
la voix qui existait quand le monde n’était pas encore le monde étatisé, normalisé, encadré
par les discours amoureux, démocratiques et donc financiers
la voix d’Emmanuelle Sarrouy (in Prototype…)
parle
doucement
et alors
le rituel (in Le Rituel)
la vieille femme dans la fête de Noël, dans leur fête, devant leur sapin, devant leurs cadeaux
un plan fixe, la femme, de côté, vieille, seule
elle veut un stylo
le chien passe et repasse dans le plan
seul âme vivante
puisque dépositaire de ses seuls mouvements
et alors ?
et alors écrit sur l’écran
car
et alors
Cyril (in Prototype…) s’est tué sur sa moto
Il était machiniste décorateur sur les films des autres
sur nos films
il est le film
il actionne le clap
il n’est pas l’acteur de la représentation de nos phantasmes
pas la belle actrice adulée par les humiliés et les offensés
comme la vieille femme qui dans le rituel de la fête de Noël attend le stylo demandé
comme la vieille femme qui pourrait être notre mère mais qui n’est pas notre mère
ils sont eux
les héros
les héros de nos vies
les héros que nous ne voyons pas
que nous n’entendons pas
parce qu’ils ne parlent pas
parce qu’ils sont le reflet de nos désespoirs, de nos regrets, de nos manques affectifs
ils sont
ils deviennent films, héros,
Le corps de Cyril, ses regards, s’intercalent dans les films reconnus et célèbres
ils redonnent la vraie parole
le vrai sens
pas celui de l’ignoble spectacle cinématographique qui vomit le rêve, le faux rêve puisque collectif
de leurs ignobles rituels
et alors ?
et alors
ils ne parlent pas

Les grands acteurs
les hommes extraordinaires
les femmes extraordinaires
réintègrent le chant
le chant du silence
de la voix murmurée
du regard
ils deviennent paroles
ils sont paroles
ils sont nous
eux
les ignorés
les techniciens qui annoncent les débuts des plans avec les claps
ou vieille femme qui attend son stylo
Le film sur Cyril s’interrompt
se rembobine en vitesse accélérée jusqu’aux premières images
avant la voix intérieure murmurée
la non parole recommence
depuis l’origine
le chien passe et repasse
les larmes sont les larmes de la vie
tout recommence
et la joie
et le rire
et le buste de cette femme qui n’est pas notre mère
et le regard de Cyril
et la voix murmurée
et sa voix murmurée dans mon oreille qui m’appelle mon amour
les pleurs sont la vie
il n’y a plus de chagrin
juste et la barbiche de Cyril
les mains de la vieille femme qui attend le stylo
et les nuages
et l’oiseau
et alors ?
l’oiseau vole
le film recommence
l’oiseau
le silence
dans la salle de projection
Vladimir Vissotski, le chanteur dissident soviétique
assassiné

chante

la fin est toujours le début du commencement
et
ce sont toujours les oiseaux qu’on arrête en plein vol.

Dans la salle de projection
une trentaine de spectateurs.
Nous
Emmanuelle est partie
elle n’a pas assisté au débat.

les maux ne sont pas les mots

dehors
dans la ville ils klaxonnent
ils fêtent la victoire de l’Equipe de France

elle elle
la femme
elle est la fin
elle est le commencement

les larmes…

pierre merejkowsy
juillet 2006